Mon coeur à vif

Lilia Espérance

Ce qui me blesse

 

Que ce qui me blesse ne puisse jamais plus

Me donner l’ivresse au point de ne pouvoir plus

Porter sur mes souvenirs un regard attendri,

Rêver de son sourire tout au long de mes nuits.

 

Que ce qui me blesse ne puisse jamais plus

Souiller de culpabilité mes envies de tendresse,

Que ce qui me blesse ne puisse jamais plus

Priver mes déchirures d’une guérison partielle.

 

Que l’opacité épaisse de ce qui me blesse

Ne puisse jamais plus de soleil me priver,

Que l’ombre infinie de ce qui me transperce

Ne puisse jamais plus de mon avenir décider.

 

Que l’agonie soit longue mais qu’elle soit supportable,

Qu’elle soit de ma vie la partie la plus misérable,

Qu’elle sombre dans l’oubli lorsque je me sens capable

D’affronter le monde, de me sentir intouchable.

 

Que ce qui me blesse ne soit jamais plus

De la même essence que ce que j’ai chéri,

Que ce qui me blesse n’ait jamais plus

Le parfum d’un bonheur évanoui.