Mon coeur à vif

Lilia Espérance

Culpabilité

 

Parfois, je voudrais prendre soin de moi

Comme on prend soin de quelqu’un qu’on aime,

Comme un peintre restaure une œuvre abîmée par la guerre,

Comme l’artiste dissimule sous ses pinceaux les blessures d’hier,

Je voudrais me prendre dans les bras et me cajoler

Comme une mère le ferait avec son bébé

Avant de l’enterrer,

Materner ce petit bout de moi,
Mon amour perdu,

Mon espoir déçu,

Comme on ne peut se résigner à détruire une étoile morte,

Comme on garde dans son tiroir de vieilles lettres

Avec l’espoir, peut-être,

Qu’un jour, elles nous réconfortent.

 

Parfois, je voudrais faire preuve envers moi de bienveillance,

Oui mais voilà, je ne sais qu’être méchante.

Mes envies de douceur très vite cèdent le pas

A un instinct destructeur qui ne me pardonne pas

D’avoir perdu cet amour,

D’avoir troué cet espoir,

D’avoir trahi cet amour,

D’avoir hâter la nuit noire.

 

Oui, parfois, quand vient le soir,

Il me prend l’envie d’être tendre,

De me pardonner mes déboires,

D’essayer de me comprendre

En colmatant mes failles avec un peu d’encre.

Mais cela ne dure jamais bien longtemps

Car la culpabilité m’attend au tournant

Déteignant sur chacune de mes pensées.

Oui, la culpabilité saigne tout ce que j’ai

Comme cette envie de prendre soin de moi-même

Et de m’aimer.