Mon coeur à vif

Lilia Espérance

Le déserteur

 

Coule sa sève dans mon sang,

C’est en souffrant que je le sais vivant,

Il m’a abandonnée sans penser

Que son torrent finirait par m’emporter.

 

Il croyait  brûler dans l’au-delà

Tous ses déboires, tous ses tracas,

Mais un détail il a manqué:

Derrière lui, il m’a laissée.

 

La mauvaise herbe a grandi

Sur la douleur désertée,

C’est son départ qui m’a nourrie

Durant toutes ces années.

 

J’ai placé mon cœur dans un écrin

Pour le mettre à l’abri du sien

Mais au déserteur il appartient

De peser sur mon destin.

 

Le déserteur est celui qui me noie,

Jamais présent mais toujours là

De lui, je ne me souviens pas,

Mon déserteur s’appelle papa.