Mon coeur à vif

Lilia Espérance

Euthanasie

 

J’aurais voulu t’offrir

Une vie digne de toi,

Une vie éternelle

Faite d’éclats de rires,

De ciel sans nuages

Et de nuits sans cauchemars.

 

J’ai essayé, crois-moi,

Ai mobilisé ma foi

Pour invoquer

Les divinités d’en haut et d’en bas.

Mais elles sont restées de marbres,

M’ont trouvée trop ambitieuse

Et, avec mépris, m’ont dit

« Tu es bien capricieuse ».

 

Alors je me suis résignée

Et j’ai voulu pour toi

Une vie éphémère

Que tu ne regretterais pas,

Une vie sans hiver,

Une mort sans enfer,

A la hauteur de l’amour que j’ai pour toi.

 

J’ai coupé la télé

Pour que tu ne saches pas

Que le monde se mourrait

Là où tu n’étais pas.

J’ai coupé la radio

Pour que tu n’entendes pas

Combien le monde n’est pas beau

Et même, mal fait, parfois.

 

Pour que tu voies la vie en rose,

Je me suis intercalée entre toi et les autres,

J’ai poli toutes les épines

Qui se trouvaient sur ton passage,

Tu n’as jamais su que je passais ma vie

A chasser les nuages.

 

J’aurais voulu t’offrir

Une vie sans souffrance,

Une vie sans errance,

J’ai essayé, crois-moi,

Pardonne-moi,

Mais sous ta peau poussait déjà

Une fleur de Satan,

Les médecins n’ont pas attendu que je sois là

Pour t’annoncer qu’il était temps,

Temps de partir,

Temps de souffrir.

 

Tant de gâchis,

Moi qui aurais voulu t’offrir

Une vie éternelle,

Une vie sans problèmes.

J’ai essayé, crois-moi,

Ai mobilisé ma foi

Mais les divinités sont restées insensibles

A ma requête,

Alors j’ai décidé d’agir

Sans leur aide.

 

Pardonne-moi,

J’aurais voulu t’offrir

Une vie éternelle

Mais comme c’est impossible,

Je ne puis que t’offrir

Une mort digne de toi.