Mon coeur à vif

Lilia Espérance

Il manquera toujours

 

Même si un jour je respire à nouveau,

Même si de l’air frais pénètre dans mon caveau de cœur,

Même s’il irrigue mon cerveau

Et me permet à nouveau de penser sans douleur,

 

Même si tout s’apaise et que tout irradie,

Même si un nouveau jour se lève et ressemble au paradis,

Même si plus rien ne m’exaspère, que je me sens jolie,

Que mon secret ne me pèse et que je marche sans béquilles,

 

Il manquera toujours

Le son de sa voix, ses silences si lourds,

Il manquera toujours

Son regard qui se pose ailleurs,

Ses défauts, sa lueur.

Même si j’arrache l’ortie

Qui m’empêche de nourrir d’autres idéaux,

Il manquera toujours à mon cœur

Son terreau.

 

Même si un jour je respire à nouveau,

D’autres orties pousseront dans mon cœur de caveau

Et m’empêcheront de penser sans douleur

Car même si un jour de l’air frais pénètre dans mon cerveau,

Il me manquera toujours

De savoir où il est,

De savoir ce qu’il fait,

De savoir qui il aime,

De savoir quand il saigne.

 

Même si un nouveau jour se lève et irradie mon cœur,

Même si je comprends enfin ce qu’est le bonheur,

Il manquera toujours à ma vie sa saveur,

Il manquera toujours à ma vie son sauveur.