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Mon coeur à vif |
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Lilia Espérance |

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Indélébiles ecchymoses
Du jardin de mon enfance, de la rose de mes 15 ans, Je garde la trace, Du soleil de l’insouciance, de l’hiver de mes 16 ans, Je garde la trace, De la fin de l’innocence, des débuts de ma souffrance, Je garde la trace, Des cris terribles de maman et de l’odeur de papa, Je garde la trace, Du visage de maman quand elle me dit qu’il n’est plus là, Je garde la trace, De celle que je ne suis pas mais que j’aurais aimé être, Je garde la trace Du jour où j’ai cessé d’être la fille de mon père, Je garde la trace.
Du premier garçon qui m’a pris la main sans m’embrasser, Je garde la trace, De l’homme qui fût, qui restera le héros de ma vie, Je garde la trace, De toutes ces nuits où je t’ai attendu comme le Messie, Je garde la trace, De toutes les filles que tu as aimées et que j’ai haïes, Je garde la trace, De tous mes rêves avortés par tes fantasmes assouvis, Je garde la trace, De tous tes baisers abandonnés sur mon corps alangui, Je garde la trace, Et de toutes tes promesses, de toutes celles que tu as trahies, Je garde la trace.
De tous les obstacles placés sur la route de mon cœur, Je garde la trace, De ceux que j’ai surmontés, de ceux qui m’ont fait trop peur, Je garde la trace, De mes révoltes contenues, de tous ces rêves incompris, Je garde la trace, Du jour où j’ai eu le vertige en découvrant la vie, Je garde la trace.
De mes frustrations, de la profondeur de mon abîme, Je garde de la trace, De mes ambitions, des attentes des autres qui enveniment, Je garde la trace, De mes désirs insignes, des pensées qui me répugnent, Je garde la trace, De tout ce qui m’illumine, de tout ce qui me consume, Je garde la trace.
De tous les moments où mon cœur a battu trop vite, Je garde la trace Et de toutes les fois où j’ai souhaité qu’il s’arrête, Je garde la trace De tous les hommes qui sans prévenir ont pris la fuite, Je garde la trace De tout ce que j’ai fait et que depuis je regrette, Je garde la trace.
De toutes ces phrases et ces regards qui m’ont bouleversée, Des visages aimés, des visages inconnus, De toutes les fois où j’ai prié, où ça n’a pas marché, Du premier coup donné, du premier coup reçu, De mes échecs, de toutes les plaies dont je n’ai su guérir, De mes succès, de toutes les choses qui m’ont fait grandir, Je garde la trace.
Du cadavre de la petite fille que j’étais autrefois, Je garde la trace, Du visage de maman quand elle me dit qu’il n’est plus là, Je garde la trace, De toi, de la chaleur de ta voix, du bleu de tes yeux, Je garde la trace, Du bonheur d’être à toi, de la déception des adieux, Je garde la trace.
Comme autant de morsures, comme autant de joyaux, Comme autant de blessures, comme autant de caveaux, Comme autant d’ouvertures, comme autant d’idéaux, J’en garde la trace dans mon cerveau Comme autant de tatouages sur ma peau, Je garde la trace de toutes ces choses Comme d’inoubliables ecchymoses.
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