Mon coeur à vif

Lilia Espérance

Les mots des autres

 

Les mots des autres

Sont comme des maisons vides,

Personne n’y habite,

Ils sont insipides.

 

Et pourtant les autres les utilisent,

Me forçant à visiter leurs palais arides,

Pendant qu’ils me parlent,

Je me sens seule et mal,

Mes mots ne sont pas les leurs,

Des larmes coulent sur mon cœur,

Pendant qu’ils m’assaillent

De paroles sans âmes,

Mes mots se sentent seuls.

 

Les mots des autres n’aiment pas le silence,

Sans cesse ils l’offensent.

Les miens apprécient sa compagnie,

Ils n’ont pas besoin de faire du bruit.

 

Pendant qu’ils me parlent,

Je me sens seule et mal,

Je ne trouve pas d’écho

A mes maux dans leurs mots.

 

Les mots des autres ne m’aiment pas,

En moi, ils sonnent toujours faux,

Je ne veux pas parler comme eux,

Les mots des autres sonnent creux.

 

Qu’ils parlent ainsi s’ils le veulent,

Qu’ils partagent leurs maisons vides,

Mais que personne ne m’oblige

A m’envelopper dans leurs linceuls.

 

Leurs discours m’assomment,

Je n’en peux plus de leurs paroles,

Les mots des autres sont impolis,

Ils dérangent  ma poésie.

 

Les mots des autres me font peur,

Ils ne disent rien de ma douleur,

Les miens, peut-être, sont trop acides

Mais, au moins, ils combattent le vide.

 

Mes mots sont comme des phares en pleine mer,

J’en suis l’unique gardienne éphémère

Mais, au fond de moi, j’ose espérer

Qu’ils guident d’autres âmes égarées.