Mon coeur à vif

Lilia Espérance

Pourquoi j’écris? Voici deux poèmes pour répondre à cette question...

Parce que je ne peux pas faire autrement. C’est une véritable Addiction.

Ensuite, si seulement j’avais trouvé dans les mots des autres un écho à mes tourments, cela m’aurait peut-être apaisée. Mais les mots des autres le plus souvent me déçoivent ou me semblent étrangers. Écouter les autres parler et avoir l’impression qu’ils sont à des millénaires de ce que vous ressentez...Voilà aussi ce qui me pousse à écrire.

 

Addiction

Mon Père, pardonnez-moi,
Je suis une pauvre toxico,
En manque quand mes doigts
Sont vides de mots.

Je m’injecte des rêves dans la tête
Et ils débordent sur le papier.
Les overdoses d’encre se répètent,
Je ne peux pas m’en empêcher.

Mon Père, pardonnez-moi,
J’écris la vie que je n’ai pas,
Trop faible pour rentrer dans la réalité
De l’amour qui blesse et fait saigner.

Mon Père, pardonnez-moi,
J’écris pour celui que j’ai croisé
Il y a maintenant plusieurs années,
Il n’a cessé de me hanter.
Je plonge mon cœur dans l’encrier
Et ma plume pleure de l’aimer.


Mon Père, pas de paradis pour moi,
Juste une table suffira.
Je préfère la chaleur des lettres
A l’envoûtement d’un tête-à-tête.

Mon Père, je le confesse,
Les mots sont ma faiblesse,
Tantôt ils me soignent,
Tantôt ils me blessent,
Déterrant ce qui me fait mal
Ou me donnant l'ivresse.

Mon Père, je le confesse,
Aux mots je suis accro,
Telle est ma qualité
Ou tel est mon défaut.

 

 

 

Les mots des autres

 

Les mots des autres

Sont comme des maisons vides,

Personne n’y habite,

Ils sont insipides.

 

Et pourtant les autres les utilisent,

Me forçant à visiter leurs palais arides,

Pendant qu’ils me parlent,

Je me sens seule et mal,

Mes mots ne sont pas les leurs,

Des larmes coulent sur mon cœur,

Pendant qu’ils m’assaillent

De paroles sans âmes,

Mes mots se sentent seuls.

 

Les mots des autres n’aiment pas le silence,

Sans cesse ils l’offensent.

Les miens apprécient sa compagnie,

Ils n’ont pas besoin de faire du bruit.

 

Pendant qu’ils me parlent,

Je me sens seule et mal,

Je ne trouve pas d’écho

A mes maux dans leurs mots.

 

Les mots des autres ne m’aiment pas,

En moi, ils sonnent toujours faux,

Je ne veux pas parler comme eux,

Les mots des autres sonnent creux.

 

Qu’ils parlent ainsi s’ils le veulent,

Qu’ils partagent leurs maisons vides,

Mais que personne ne m’oblige

A m’envelopper dans leurs linceuls.

 

Leurs discours m’assomment,

Je n’en peux plus de leurs paroles,

Les mots des autres sont impolis,

Ils dérangent  ma poésie.

 

Les mots des autres me font peur,

Ils ne disent rien de ma douleur,

Les miens, peut-être, sont trop acides

Mais, au moins, ils combattent le vide.

 

Mes mots sont comme des phares en pleine mer,

J’en suis l’unique gardienne éphémère

Mais, au fond de moi, j’ose espérer

Qu’ils guident d’autres âmes égarées.